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Des brèves tirées de mes différents stages en tant qu'externe dans nos beaux hopitaux de Paris...
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Le blog de l'externe en médecine

25 jan
2007

Rapido !

Je viens d'entendre aux infos qu'ils vont sûrement interdire les jeux d'argent (rapido en tête) aux mineurs, car ceux-ci sont particulièrement sensibles aux addictions. Je trouve ça bien, naturellement, mais en ce qui me concerne j'aurai limite été pour l'interdiction du rapido tout court.

Le rapido, c'est quoi ?



C'est un genre de loto simplifié, avec un tirage toutes les 5 minutes dans les différents bars/pubs. Or, j'ai vu pas mal de personnes en psychiatrie qui étaient complètement accros à ce jeu, et ce en raison de la vitesse.
  • Si on gagne (ce qui arrive peu), on réinvistit directement l'argent du gain dans les grilles suivantes...
  • Si on perd, comme on sait que 5 minutes après il va y avoir un autre tirage, on rejoue dans le but de se racheter... Et là, c'est la spirale infernale.

J'avais eu le cas d'un patient qui pouvait jouer ainsi 500 à 1000 euros par jour ! Le plus dramatique, c'est que ce patient était handicapé, avec le fauteuil roulant et l'appartement payés par une association. Il en arrivait au point de dépenser l'argent du loyer et l'argent du fauteuil dans ces jeux, donc était menacé d'expulsion de l'appartement (l'association préfère donner les sous à un gars dans le besoin et qui va en faire bon usage plutôt que de le gaspiller comme ça...)

Enfin tout ça pour dire que le rapido c'est vraiment une saloperie, j'ai vu des histoires bien tristes à cause de ce jeu...


24 jan
2007

A Jeun

En psychiatrie, on a eu un patient adressé par son médecin traitant pour un sevrage. Le médecin nous avait fait une longue lettre, dans laquelle il explique qu'il avait essayé de faire un sevrage en ambulatoire mais que ça a été un échec, etc...

On interroge donc le patient. Il nous explique qu'il avait un peu réussi à arrêter de boire, sans plus. Mais qu'il est venu à jeun à la dernière consultation chez son médecin traitant, comme celui-ci lui avait demandé...

"Euh, d'accord, mais d'après le médecin vous aviez l'air d'avoir bu en arrivant... Ce n'était pas le cas ??"

"Bon, c'est vrai, j'avais bu juste un verre au bar en passant. J'étais nerveaux à l'idée de le voir, donc j'ai voulu me décontracter un peu..."
"Certes. Mais bon, d'après la prise de sang qu'il a faite, vous aviez 2.3gr d'alcool/L de sang... Ca fait un peu plus qu'un verre !"

Voilà, c'est tout, ça m'avait fait marrer. Voyons voir combien ça ferait de verres, en gros.

On sait que pour un homme, on considère qu'en buvant 2 verres, on arrive à un taux d'alcool de 0.50g/L. Donc là, il a du boire au moins 9 verres, sachant qu'en plus on élimine avec le temps... Donc bon, tablons sur 10 pour plus de sécurité ^^ C'est là qu'on voit le problème avec la dépendance : les patients veulent prendre juste un verre, et se retrouve avec... 10...

Bon, sur ce, je vais me prendre une petite bierre moi


11 jan
2007

Non, non, je n'ai rien bu !

L'évaluation de la quantité d'alcool prise quotidiennement est un truc que j'aime bien, vous l'aurez compris. On ne le fait pas seulement à l'arrivée des patients, mais aussi après leur permissions.

En fait, il faut savoir comment ce passe un sevrage typique à l'hopital. Ca dépend des endroits, mais chez nous, le patient devait rester au début 1 semaine seul, sans sortir du service. Ceci dans le but de le couper de ses habitudes et de lui donner le temps de faire un peu d'introspection, de réfléchir à sa situation, etc... Après cette semaine, l'encadrement reste présent, mais on autorise au bout d'un certain temps des permissions pour sortir, d'abord dans l'après-midi, puis un week-end entier. Si tout se passe bien, le patient pourra alors rentrer chez lui.
Il arrive souvent que le patient re-boive durant la première permission. Ce n'est pas l'idéal, mais ça lui montre aussi que le sevrage n'est pas si simple que cela, que les tentations seront nombreuses, et qu'il ne doit pas relacher sa vigilance.

Ainsi, on évalue la consommation d'alcool aussi au retour des permissions. On avait eu une patiente très difficile à faire arrêter. En fait elle disait qu'elle voulait pas faire de sevrage, mais quittait pas l'hopital quand même... un peu contradictoire, certes.
Ainsi, au bout de 2 semaines on lui accorde sa première perm, juste la journée. Elle revient le soir, et donc le lendemain matin on va la voir pour savoir si elle a bu de l'alcool.
"J'ai bu un verre de cidre, mais en fait c'était pas fait exprés, je ne s'avais pas qu'il y avait de l'alcool dans le cidre ! Et puis c'est juste 4 degrés, c'est pas grave."
Mouais, pas crédible d'après moi, mais bon.
La semaine suivante, on lui laisse à nouveau une journée de permission. Elle revient, et encore une fois on va la voir pour savoir ce qu'elle a bu.
"J'avoue, j'ai bu du vin ! Mais je n'ai pas fait exprés, il y en avait à table. Je me suis servi un verre, mais je me suis vite ressaisie et je n'ai bu que la moitié du coup."

Bon, une fois de plus, elle avait fait une petite rechute. La subtilité, c'est qu'on c'est rendu compte le lendemain que la moitié, c'était pas la moitié du verre, mais la moitié de la bouteille !

08 jan
2007

To drink or not to drink

Un point assez 'amusant' sur lequel interroger les patients, c'est leur consommation d'alcool. J'y ai eu droit pas mal, à l'évaluation, en psy, puisque je suis passé dans le secteur addictions...

Alors, LE grand truc qu'on vous sort à toutes les sauces, c'est :
"Vous buvez combien d'alcool chaque jour, à peu près ?"
"Oh, ben... comme tout le monde..."

Et là, quand on fait préciser, on a des surprises  Du coup, le plus efficace c'est de faire décrire la journée typique et les prises d'alcool durant celle-ci. Exemple du mec qui boit 'comme tout le monde' :

"Bon, je me lève le matin, déjà, je prends 50cl de bierre avant le petit dej, puis un café, puis re-50cl de bierre." 
Je vous laisse imaginer la consommation pendant le reste de la journée, ça se passe de commentaire...

On a aussi le :
"Oh, moi, je bois juste du vin à table, avec ma femme"
"D'accord. Une bouteille vous dure combien de temps ?"
"Oh, un repas"
"Et votre femme, elle boit combien ?"
"Rarement plus d'un demi-verre..."

Donc là, on est déjà à 2 bouteilles de vin par jour, mais comme tout le monde, là aussi  Et ce sans compter les apéros...

On a aussi ceux qui ont une consommation 'furtive'. Ils boivent peu de verres... Donc, important, quand vous voulez estimer une consommation d'alcool, ne demandez pas en verre, mais en combien de temps la bouteille est bue :
"Vous buvez de l'alcool ?"
"Oui, mais très peu, juste à l'apéritif le soir."
"Et vous prenez quoi comme apéritif ?"
"Oh, juste un verre ou deux de whisky, pas plus"
"D'accord. C'est des verres de combien ?"
"Des verres normaux, pour l'apéro quoi "
"La bouteille de whisky vous dure combien de temps ?"

"Juste l'apéro, 2 verres."

Là, forcément, 1 bouteille de whisky par jour, c'est énorme, ça fait plus que 2 'verres'...

Voilà, ça sera tout pour ce soir, je referais une autre séance sur l'alcool plus tard, j'ai d'autres choses à raconter

07 jan
2007

Les personnalités...

Parmi les nombreux stages où je suis passé, la psychiatrie a été particulièrement instructive et intéressante. Je comprends que cela puisse paraitre bizarre, puisqu'a priori rester 1 à 2 heures dans la chambre d'un malade n'est pas ce qu'il y a de plus amusant. Pourtant, outre les cas psychologiques particulièrement graves (et donc intéressants/insolites) que j'ai pu voir, quand je suis passé dans l'aile spécialisée dans les addictions (dépendances aux drogues, à l'alcool, ou encore anorexie), nous nous sommes penchés sur les personnalités pathologiques.

Et là, on découvre des choses passionnantes. Tout simplement parce que ces malades n'ont pas une pathologie mentale à proprement parler, mais une personnalité particulière qui a entraîné leur dépendance ou rend les choses plus difficiles. Et on peut retrouver ces personnalités chez 'Mr Toutlemonde'  (ou madame, évidemment).

Commençons par la plus simple : le psychopathe. Il ne faut pas voir là un type assoiffé de sang se baladant avec un couteau, mais juste une personnalité caractérisée par son côté anti-social. Il se met ainsi à l'écart de la société, et a énormément de mal à s'en tenir aux règles, et donc aux loi. Ce type de personne est donc la proie idéale des drogues...

Mais une personnalité assez intéressante est la personnalité de type hystérique. Là encore, l'usage commun de ce mot ne correspond pas tout à fait à l'usage que l'on en fait en psychiatrie. La personnalité hystérique présente plusieurs versant, avec d'une part une dépendance affective, et d'autre part une érotisation des rapports sociaux. Il faut alors se méfier car la patiente (le plus souvent) se met dans une position de séduction par rapport au médecin.... On a ainsi eu une patiente qu'on a hospitalisé par sevrage d'alcool et qui dès les premières minutes de l'hospitalisation a dit au médecin "Docteur, vous m'avez sauvé la vie !" (alors que bon, concrètement, on n'avait rien fait...). Puis, l'interne va la voir, se rend compte qu'elle se plaçait toujours vis-à-vis de son mari (dans ses raisons de commencer à boire, dans ses raisons d'arrêter, etc...), et lui dit "Mais vous savez, ce sevrage, c'est pour vous". Puis il part. Le lendemain matin, on la retrouve, et elle n'avait pas dormi de la nuit : "Docteur, vous savez quand vous m'avez dit que c'était pour moi, vous aviez raison ! J'y ai pensé toute la nuit, je vais réorganiser toute ma vie, vous êtes formidable !"
Bref, c'est sympa comme patient parce qu'on peut dire et faire n'importe quoi, ils nous prennent toujours pour des demi-dieux . Mais par contre, si à un moment on s'oppose un peu trop, ils se posent en victime et après le contact devient très difficile.
On avait eu un homme à tendance hystérique aussi. Il nous expliquait que l'alcool lui permettait d'aborder les femmes avec plus de confiance, et que les rapports homme-femme (essentiellement au boulot pour lui) ne peuvent se faire QUE sur un mode de séduction, d'où ses difficultés à arrêter :)

Après, on retrouve les personnalités obsessionnelles, qui sont assez intéressantes aussi. Ils vont avoir une vie hyper-organisée, un gout pour les collections, et des petites manies, je dirais. Du style : "quand je quitte la chambre, j'ai l'impression d'avoir mal éteint la lumière. Je vois bien que la lampe n'est pas allumée, mais j'ai quand même un doute. Donc je la rallume et je l'éteins jusqu'à sentir qu'elle est bien éteinte."   En gros, ils peuvent reprendre les mêmes actions 10 ou 20 fois de suite jusqu'à ce qu'ils aient un déclic, le sentiment que là, l'interrupteur c'est bien enclenché, c'est bien éteint. Ca peut être pratique dans le cadre d'un sevrage puisqu'ils sont très méticuleux et vont donc suivre à la lettre ce que leur demande de faire pour éviter de boire.

On a aussi eu un patient qui bossait dans le monde du spectacle. Lui, il avait une double-addiction : alcool et cocaïne. Ce qui était marrant, c'est qu'il n'est venu que pour arrêter l'alcool, car être bourré dans son milieu avait une conotation très négative, alors qu'être shooté à la coke était une chose disons... 'normale'.

Voilà, c'est finit pour le petit volant psychiatrie pour aujourd'hui, je ferais un petit post sur les quantités d'alcool, c'est un sujet qui me fait beaucoup marrer, parce qu'on se rend compte que d'une personne à une autre les façon de boire sont très différentes...

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